Cécile Charbonnel


« Maman est là, saoule mais solide ». Si je vous dis que c’est sa phrase préférée. Cette petite phrase mimée en plaisantant à la terrasse d’un café un matin d’automne m’a fait rire tant elle reflète la personnalité de Cécile. Cette petite phrase comme beaucoup d’autres, je l’ai notée pour ne pas l’oublier, pour ne pas la dénaturer. Car modifier un seul mot, changer une seule virgule, et tout ce que Cécile est, aurait été amoindri. Cécile, c’est du punch à revendre, une positive attitude à toute épreuve, une envie irrésistible de sourire à la vie, de prendre ce qu’elle offre avec philosophie et ne jamais regretter les choix du passé. Un passé riche, fait de rencontres. Avec des musiciens surtout. Des zicos qui lui font dire dès l’adolescence « je veux chanter ».

De toutes façons, elle ne sait faire que ça. Chanter. Danser aussi à l’occasion. Pas besoin de beaucoup de diplômes, pour l’un comme pour l’autre. Un bac pour faire plaisir à papa, un BTS pour faire plaisir à maman – tous les deux profs – et basta ! Et puis les collections de diplômes c’est pas son truc. Non, son truc à elle, c’est de se donner en spectacle, de monter sur scène. Banco ! La voilà emportée dans la déferlante hard-rock des années 80. Futal moulant, coupe de cheveux ridicule, textes improbables qu’accompagnent des guitaristes chevelus sur-caféinés en perfecto cloutés. Une « belle expérience » confie-t-elle en feuilletant son book, nostalgique – un peu quand même – d’une époque où ses groupes Alpheratz et Thunder écumaient les scènes rock régionales.

Nez au vent et le sentant tourner, Cécile change de répertoire. Fin 80, elle bascule dans la variété tricolore. Là encore, c’est une rencontre qui la révèle à elle-même. Une rencontre avec un musicien – décidément – qui lui permet d’écrire ses propres

textes, de chanter à la Cigale, de faire la première partie d’un certain Gérard Lenormand (y’a pas de honte !!) et d’enregistrer son premier 45 tours (les moins de 20 ans ne savent pas ce qu’est un 45 tours). Un disque oublié par la critique. Il n’est jamais sorti, faute de promo et d’une maison de disque sérieuse.

« Je veux chanter » dit-elle encore aujourd’hui. Toujours cette ambition qui la dévore, qui la pousse à bousculer son registre.

C’est pour le jazz que son cœur balance désormais et qu’elle donne de la voix depuis 19 ans au casino de Forges-les-Eaux. Dix-neuf années de carrière dans le casino qui aime sans doute le plus les musiciens, qui leur offre son Chatam Club, qui leur permet de s’épanouir, d’évoluer et de miser sur eux-mêmes. Un établissement de jeu qui sait créer des opportunités. Cécile les a saisies. Une participation au festival « Chants d’elle », une autre aux « Terrasses du Jeudi » à Rouen – pour ne citer qu’elles – et un premier CD : « Solide ». Solide comme ses textes, comme sa voix, comme elle.

Vingt-cinq piges de vie artistique régionale et nationale ça laisse des traces, forcément. Cécile ne les cache pas. Au contraire, elle en est fière. Elle les dévoile aujourd’hui dans « Comment allez-vous ? » son nouvel album acoustique. Plus posé, plus mûr, plus serein, plus abouti, plus féminin, « Comment allez-vous ? » est une invitation au voyage, une main tendue. Un album personnel, intime, entre jazz, blues et pop. Une ballade dans l’univers tendre, doux, chaud et drôle de Cécile Charbonnel.

Rassurez-vous les enfants, maman est là, ivre de musique, d’envie et de jazz, mais solide. Plus que jamais.

Luc Protais

Discographie NOA Music

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